Au-delà des frontières : Une expérience de réflexion sur le concept d’« ambassade de données » pour les bibliothèques de recherche canadiennes
Les bibliothèques de recherche ont longtemps estimé qu’elles étaient des dépôts sûrs du savoir et de la mémoire culturelle. Cependant, l’instabilité politique croissante dans notre hémisphère – notamment l’influence hégémonique grandissante des États-Unis et le risque que des gouvernements nationaux complices menacent les documents relatifs aux minorités, aux communautés 2ELGBTQ+, aux peuples autochtones et à d’autres populations vulnérables – nous oblige à remettre en question cette présomption. Le présent exposé introduit le concept d’« ambassade de données »: une installation sécurisée située hors du Canada qui abriterait des copies de trésors numériques nationaux provenant des bibliothèques de recherche canadiennes.
À partir des modèles d’« ambassade de données » mis en place par l’Estonie au Luxembourg et d’autres initiatives de souveraineté numérique semblables, la présente réflexion explore à la fois les fondements philosophiques et les aspects pratiques d’une telle entreprise. Pourquoi les établissements canadiens devraient-ils penser au-delà de leurs propres murs? Quels types de documents justifieraient une protection aussi exceptionnelle? Comment la création d’un consortium permettrait-elle de partager les coûts et les responsabilités liées à la gouvernance? Quels cadres juridiques, techniques et éthiques seraient nécessaires?
Le présent exposé cherche à provoquer des discussions nécessaires sur les menaces qui ne font généralement pas partie du paysage des risques envisagés par les bibliothèques de recherche. Même si nous espérons que de telles mesures s’avéreront inutiles, l’évolution rapide du climat politique suggère qu’il est prudent de planifier en amont. En voyant les « ambassades de données » comme des mesures de sauvegarde potentielle pour l’avenir, nous invitons les bibliothèques de recherche à élargir leur réflexion sur la préservation, afin de ne plus se limiter aux catastrophes naturelles et à l’obsolescence technologique, mais à englober aussi les menaces politiques existentielles qui pèsent sur les collections elles-mêmes et sur les communautés qu’elles représentent.