Quand l’amour s’invite dans la vie des écrivains : des couples mythiques de l’époque romantique qui ont transformé la littérature

Par: Mélanie Plante, Coordinatrice des communications
https://doi.org/10.82389/d1g7-4280
À l’occasion de la Saint-Valentin cette année, nous célébrons des histoires d’amour qui ont marqué les annales de la littérature, en faisant appel à la recherche en libre accès.
Nous vous présentons deux couples fascinants de l’époque romantique : Mary Wollstonecraft et William Godwin, ainsi que leur fille, Mary Shelley, et son mari, Percy Bysshe Shelley. Plus que de simples romances, ces relations étaient des partenariats créatifs qui ont inspiré certains des livres et des concepts les plus influents de l’histoire. Considérez-les comme les premiers couples influents.
Grâce aux articles en libre accès soutenus par le Partenariat pour le libre accès (POA), vous pouvez découvrir vous-même ces relations. Pas d’abonnement ni de verrou d’accès payant ici, seulement des débats passionnés sur la grammaire et la poésie. Pour explorer l’amour et les partenariats, rien de mieux que le Partenariat pour le libre accès !
Mary Wollstonecraft et William Godwin : quand la raison rencontre la passion

Mary Wollstonecraft, l’auteure de l’ouvrage révolutionnaire A Vindication of the Rights of Women (Défense des droits de la femme), était une pionnière de la philosophie féministe. Son époux, William Godwin, était un penseur politique et romancier. Il estimait que la logique et la raison pouvaient résoudre les problèmes de la société.
Ils se sont rencontrés en 1796 et, en théorie, leur union semblait très improbable, tant leurs valeurs étaient différentes. Pourtant, ils se stimulaient mutuellement, s’aimaient profondément et se considéraient comme des égaux sur le plan intellectuel.
Malheureusement, leur histoire d’amour a duré à peine une année. Wollstonecraft est morte en septembre 1797, seulement quelques jours après la naissance de leur fille Mary (oui, cette Mary-là, l’auteure de Frankenstein.
Dans l’article « Can a statue breathe? The Linguistic (un)coupling of Godwin and Wollstonecraft » (Une statue peut-elle respirer ? Le [dé]couplage linguistique de Godwin et Wollstonecraft), la chercheuse Jane Hodson examine la manière dont Wollstonecraft et Godwin ont incarné l’une des tensions centrales de l’époque romantique : le conflit entre la raison et l’émotion, en particulier dans leurs théories sur le langage et les styles d’écriture.
Godwin accordait par-dessus tout de l’importance à une communication claire et à une grammaire irréprochable. Wollstonecraft, quant à elle, mettait de l’avant les sentiments authentiques et l’éloquence, une écriture venant directement du cœur, même si cela signifiait commettre des erreurs grammaticales.
Leurs lettres témoignent de leurs nombreuses discussions à ce sujet. En septembre 1796, Wollstonecraft a répliqué à Godwin, après que celui-ci ait critiqué son style d’écriture. Elle affirmait essentiellement : « Mon écriture passionnée et désordonnée dépasse nettement ta prose parfaitement ciselée. »
Quelques jours plus tard, toutefois, elle plaisantait à nouveau avec lui, acceptant qu’il lui donne des leçons de grammaire. Même leurs disputes avaient un petit côté séducteur.
Là où cela devient intéressant : vingt-cinq ans après la mort de Wollstonecraft, Godwin a complètement réécrit son essai sur ce qui constitue une bonne écriture. Il est revenu sur presque tout ce qu’il avait dit auparavant et a commencé à louer exactement le type d’écriture émotionnelle et spontanée que Wollstonecraft avait toujours défendu. Où qu’elle se trouve, Wollstonecraft devait se dire : « Je te l’avais bien dit ! »
Pour lire l’article complet : « Can a statue breathe? The Linguistic (un)coupling of Godwin and Wollstonecraft » (accès gratuit)
Mary et Percy Shelley : un partenariat sous surveillance

La génération suivante a créé son propre partenariat légendaire : Mary Shelley (fille de Wollstonecraft et Godwin) a écrit Frankenstein, l’un des romans les plus marquants de la littérature, à seulement dix-neuf ans. Son conjoint, Percy Bysshe Shelley, était l’un des poètes romantiques les plus célèbres de son époque et un véritable rebelle.
En grandissant, Mary a été bercée par les récits de la relation amoureuse et intellectuelle de ses parents. Ainsi, quand elle est tombée amoureuse de Percy en 1814, Mary n’a pas hésité à s’enfuir avec lui, alors qu’elle n’avait que 16 ans.
Leur relation est passée à l’histoire pour leur collaboration créative, leur idéalisme commun et leur rébellion face aux conventions sociales. Chaque soir, ils s’asseyaient côte à côte pour écrire certaines des œuvres littéraires les plus marquantes de leur époque.
Leur vie commune n’a toutefois pas été facile. En exil, loin de l’Angleterre, ils étaient constamment à court d’argent, confrontés à des rumeurs qui les suivaient partout et à des pertes déchirantes (trois de leurs enfants sont décédés en bas âge). De plus, ils fréquentaient des personnalités controversées telles que Lord Byron, ce qui alimentait
encore davantage les ragots. La question que tout le monde se pose depuis deux cents ans est la suivante : étaient-ils des partenaires créatifs égaux ou l’un dominait-il l’autre ?
Nora Crook aborde cette question de front dans son article « Pecksie and the Elf: Did the Shelleys Couple Romantically? » (Pecksie et l’elfe : les Shelley formaient-ils un couple romantique ?) en s’appuyant sur des preuves concrètes plutôt que sur de vieilles rumeurs. Elle constate que la plupart des avis se répartissent en trois camps, chacun ayant ses propres partisans.
Selon le premier, Percy était victime de la froideur et de l’ingratitude de Mary. D’après le second, Mary souffrait du comportement dominateur et infidèle de Percy. Crook défend le troisième : elle parle de la « belle version », dans laquelle ils se respectaient mutuellement et travaillaient comme des égaux sur le plan créatif.
Les preuves attestent d’une relation intellectuelle et amoureuse épanouie. Ils avaient l’un pour l’autre des surnoms affectueux : dans les annotations de son manuscrit Frankenstein, Percy appelait Mary « pretty Pecksie », et Mary appelait Percy son « sweet Elf » (doux elfe). Ils ont tous deux participé à la révision et à la publication de leurs plus grandes œuvres respectives. Ils partageaient également les mêmes valeurs, accordant avant tout une grande importance aux expériences profondes de connexion, que ce soit entre eux, avec la nature ou avec l’art.
Crook conclut son article en affirmant que, même si nous en savons déjà beaucoup sur les Shelley, il nous manque encore d’importantes pièces du casse-tête. Ce que nous pouvons affirmer avec certitude, c’est que tous deux considéraient l’amour comme une force capable de transformer les personnes, et qu’ils ont véritablement collaboré tout au long de leur relation en tant que partenaires sur le plan intellectuel.
Pour lire l’article complet : « Pecksie and the Elf: Did the Shelleys Couple Romantically? » (accès gratuit)
Deux générations, une question : qu’est-ce qui définit un partenariat ?
Des parents à leur fille, les deux couples ont dû composer avec la tension entre amour et partenariat, raison et émotion, collaboration et indépendance.
Une chose les unissait : tous les quatre accordaient une grande valeur aux liens profonds, qu’ils soient intellectuels, émotionnels ou créatifs.
Ces deux couples ont transformé le monde, enfreint des règles et nous ont amenés à tout remettre en question, depuis les droits des femmes jusqu’à l’éthique de la réanimation des cadavres. Pas mal comme arbre généalogique.
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Mélanie Plante (https://orcid.org/0009-0000-5563-3743)
Mélanie détient d'un B.A. spécialisé en anglais de l'Université d'Ottawa. Elle a commencé à travailler pour le RCDR en février 2024 et est passionnée par la littérature canadienne.