Science Dimension (1969–1984) : À la recherche de preuves de la présence des femmes dans le domaine des STIM

En conversation avec : Olivia Georgiou, Percy Miller et Angela Joosse
https://doi.org/10.82389/pgpk-vy26
Les femmes dans Science Dimension : des histoires cachées révélées
Au cours de la session d’automne 2025, Olivia Georgiou, étudiante de premier cycle en sciences politiques et en histoire à Queen’s University, a collaboré avec deux membres du personnel du RCDR, Percy Miller, spécialiste des services du patrimoine, et Angela Joosse, spécialiste de l’engagement communautaire, dans le cadre d’un projet portant sur la publication Science Dimension. Le projet était articulé autour de deux questions clés, l’une théorique et l’autre technique :
- Quelles preuves de la présence de femmes dans les domaines des STIM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques) peut-on trouver dans les anciens volumes de Science Dimension ?
- Pourrait-on systématiquement utiliser la table des matières de chaque volume de Science Dimension afin d’améliorer l’accessibilité pour tous les utilisateurs de Canadiana ?
Dans le dialogue ci-dessous, Angela interroge Olivia et Percy. Elle leur pose des questions qui les amènent à réfléchir sur leur collaboration et sur les enseignements clés qu’elles ont tirés de ces quatre mois de travail.
AJ : « Percy, qu’est-ce que Science Dimension et comment cette publication a-t-elle été intégrée à Canadiana ? »
PM : Science Dimension était un magazine de communication scientifique créé par le Conseil national de recherches (CNRC) et publié de 1969 à 1984. Le titre a été mis en ligne sur Canadiana le 30 mars dernier et comprend 94 numéros, soit un total de 3 442 images de pages.
AJ : « Olivia, pourriez-vous décrire la démarche que vous avez suivie pour répondre aux deux questions énoncées ci-dessus ? »
OG : Au cours de la session, j’ai consacré de cinq à sept heures par semaine à analyser la collection Science Dimension dans le but de recueillir des données sur la représentation des femmes dans les domaines des STIM. Mon travail consistait à parcourir chaque volume désormais accessible sur Canadiana et à répertorier tous les cas où des femmes étaient mentionnées dans des rôles scientifiques. J’ai cherché des exemples de la participation des femmes dans les STIM dans l’ensemble de la collection, en examinant les articles, les légendes et les photographies. Je notais les types de rôles que les femmes occupaient généralement. Je relevais si les femmes apparaissaient à titre d’auteures, de rédactrices, de scientifiques ou de sujets dans les photographies. Je consignais aussi la manière dont elles étaient décrites dans les légendes et les textes, portant une attention particulière aux changements au fil du temps. Au cours de mes recherches, j’ai pu documenter la présence des femmes dans le paysage scientifique canadien pendant la période où Science Dimension a été publiée.
Dans le cadre de mon travail, j’ai également rassemblé les métadonnées de la table des matières de chaque numéro, notamment les titres et sous-titres des articles, les auteurs et les sources des images, que j’ai compilés dans un fichier Excel. Ces métadonnées structurées faciliteront considérablement la navigation des utilisateurs dans le contenu. Au lieu de naviguer à travers chacune des pages pour trouver un article précis, les utilisateurs pourront bientôt accéder directement au contenu qui les intéresse grâce à une table des matières interactive. Ce travail contribue à rendre Science Dimension et l’ensemble de la collection de Canadiana plus accessibles et inclusifs, ce qui incitera plus de personnes à explorer et à s’intéresser à ces documents historiques.
En extrayant les métadonnées et en analysant les détails des contributions des femmes dans le domaine des STIM, j’ai voulu à la fois améliorer l’accessibilité au sein de Canadiana et mettre en lumière les preuves historiques de la participation des femmes à l’activité scientifique au Canada.
AJ : « Nous avons lancé ce projet en sachant que les femmes sont généralement sous-représentées dans les domaines des STIM. Cela nous a amenées à nous demander si nous pouvions trouver et souligner des exemples de femmes actives en STIM dans les volumes de Science Dimension dont nous disposions. Olivia, pourriez-vous nous présenter certaines des preuves que vous avez trouvées ? »
OG : En parcourant la collection, j’ai découvert un grand nombre de preuves démontrant la participation de femmes à la recherche scientifique canadienne. Même si elles étaient encore sous-représentées par rapport aux hommes, les femmes apparaissaient dans des images ou des légendes en tant qu’auteures et, plus tard, en tant que scientifiques. Voici quelques exemples significatifs :
- Les femmes sont reconnues à titre d’auteures et de rédactrices dans l’ensemble de la publication. Des contributrices comme Annie Hlavats et Patricia Montreuil apparaissent dans plusieurs numéros de la collection.
- Des chercheuses et des techniciennes de laboratoire sont représentées et nommées sur des photographies ou décrites dans le texte d’articles, en particulier dans le domaine des sciences appliquées (par exemple, Margaret Mitton). L’une des premières apparitions de femmes dans Science Dimension a été des images de femmes utilisant des systèmes à cartes perforées pour les premières recherches en traduction assistée par ordinateur en avril 1969 (vol. 1, no 1, im. 22, 23).
- La visibilité des femmes augmente à la fin des années 1970 et au début des années 1980. On remarque alors une augmentation significative de leur présence dans des rôles crédités dans des articles et des photographies au cours de ces dernières années de publication.
- Des articles soulignent aussi les recherches scientifiques menées par des femmes dans les numéros les plus récents, comme celui publié en 1984 sur la Dre Jean Himms-Hagen, qui décrit ses travaux sur les liens potentiels entre la graisse brune et l’obésité humaine (vol. 16, no 4, im. 46).
AJ : « Avez-vous découvert des contributions particulièrement remarquables de la part de femmes ? »
OG : Parmi les exemples marquants, on peut citer l’article de 1981 consacré à la Dre Barbara Judek, dont les découvertes ont été nommées « l’effet Judek ». Elle a utilisé des plaques d’émulsion photographique pour mettre en évidence des motifs inhabituels dans des particules nucléaires (vol. 13, no 5, im. 5). Ce cas met en évidence la reconnaissance d’une femme scientifique, ce qui était particulièrement remarquable compte tenu du fait que, à l’époque où ses articles ont été publiés, peu de femmes se voyaient officiellement reconnues pour leurs contributions scientifiques. Son expertise a démontré l’importance de ses travaux pour la recherche scientifique canadienne.
AJ : « Percy, alors que nous travaillions sur ce projet, vous avez commencé à vous intéresser à l’objectif du magazine et à son public cible. Parlez-nous de vos conclusions. »
PM : Dans l’édition inaugurale du 1er avril 1969, le président du CNRC, W.G. Schinder, écrit dans l’avant-propos que Science Dimension remplace NRC Research News, publié régulièrement depuis 1948, dans un effort visant à « informer davantage [les] lecteurs » (im. 9) du CNRC. M. Schinder ajoute : « Grâce à ce nouveau format nous serons en mesure de décrire avec plus de détails les recherches effectuées au Conseil même et de mieux renseigner nos lecteurs sur ce qui se fait en collaboration avec les universités et les industries canadiennes » (im. 9).
Lors d’une conversation avec mon grand-père, Fred Ellis, qui a travaillé pour le Conseil national de recherches pendant plus de quarante ans, celui-ci m’a indiqué que Science Dimension était pour lui et ses collègues une source privilégiée d’informations récentes provenant des divers services et secteurs de recherche du CNRC.
AJ : « On sait également que des efforts visant à encourager davantage de femmes à se lancer dans les domaines des STIM se sont développés au fil des ans. Olivia, avez-vous trouvé des preuves historiques de ces efforts dans Science Dimension ? »
OG : Le volume 16, le plus récent, de la revue Science Dimension présente un exemple d’efforts visant à inciter davantage de jeunes femmes à se tourner vers les STIM. Cet article, intitulé « À l’école des sciences » (vol. 16, no 3, im. 38), rédigé en 1984 par Anne Mcllroy, soulignait le manque d’efficacité et d’uniformité de l’enseignement des sciences au Canada. L’article constate que plusieurs écoles manquaient de formation, car beaucoup d’enseignants n’avaient jamais étudié ni enseigné les sciences. Les scientifiques estiment que les filles constituent le groupe qui peut bénéficier d’un plus grand encouragement à développer un intérêt pour les sciences et à les apprécier. L’article suggère que, à cette époque, on prenait de plus en plus conscience des obstacles qui limitaient la participation des filles aux sciences dès leur plus jeune âge.
AJ : « Percy, pouvez-vous décrire de quelle manière les informations recueillies par Olivia dans la table des matières pourraient être mises en œuvre à l’avenir ? »
PM : Comme l’a souligné Olivia, l’introduction de cette fonctionnalité permettra aux utilisateurs, en particulier les personnes qui ont recours à des lecteurs d’écran ou à d’autres dispositifs d’aide à la lecture, de naviguer beaucoup plus rapidement dans les articles. Il leur permettra aussi d’accéder plus facilement au contenu qui les intéresse, plutôt que de devoir faire défiler manuellement l’article image par image.
Redécouvrir les femmes qui ont façonné l’histoire scientifique du Canada
AJ : Grâce au travail remarquable et méticuleux d’Olivia au cours de la session, il est maintenant possible de mettre en évidence les apports souvent négligés ou ignorés des femmes au Canada dans un passé récent. La minutie avec laquelle Olivia a rassemblé les informations provenant de Science Dimension permettra à plusieurs utilisateurs de Canadiana d’en bénéficier.
Olivia Georgiou (https://orcid.org/0009-0009-2368-1500)
Olivia Georgiou a rejoint le RCDR en septembre 2025 comme adjointe aux expositions sur le patrimoine numérique, dans le cadre du stage HIST 512 de Queen’s University. Elle y poursuit un baccalauréat en sciences politiques avec une mineure en histoire.
Percy Miller (https://orcid.org/0000-0001-5092-930X)
Percy Miller est spécialiste des services du patrimoine au RCDR. Elle est titulaire d'un B.A. ainsi que d'une M.I. d'University of Toronto. Elle est passionnée par la prestation d'un excellent service aux communautés de la recherche.
Angela Joosse (https://orcid.org/0000-0003-3198-4324)
Angela est dévouée à la construction de la communauté et à la promotion de la collaboration pour le bien collectif. Elle détient un doctorat du programme York/Toronto Metropolitan en Communication et Culture, ainsi qu’une maîtrise en information de University of Toronto.