L’infrastructure de recherche numérique en sciences humaines et sociales au Canada
Par : Alyssa Arbuckle, Conseillère en recherche et partenariats stratégiques
https://doi.org/10.82389/xjen-3t40
Comment les données issues des sciences humaines et sociales circulent-elles dans l’écosystème de la recherche ? Publication, licences, normes, préservation… qui est chargé de quoi ? Comment ce système fonctionne-t-il ? Et d’ailleurs, qu’est-ce qu’une infrastructure de recherche numérique ?
Ce ne sont là que quelques-unes des questions auxquelles cherche à répondre le document intitulé L’infrastructure de recherche numérique en sciences humaines et sociales au Canada : une analyse actualisée du paysage (2025).
Dans le cadre d’un projet collaboratif entre le RCDR et Érudit, j’ai rédigé la première ébauche de cette analyse du paysage entre avril et juillet 2024. Je l’ai ensuite révisée et publiée en avril 2025 sous la forme d’un projet communautaire prépublication destiné à la discussion. La méthodologie initiale comprenait une étude de rapports et d’analyses comparables provenant de différents pays, des recherches sur l’infrastructure de recherche numérique (IRN) en sciences humaines et sociales (SHS), ainsi qu’une série d’entretiens avec 22 acteurs importants du paysage canadien de l’IRN en SHS. À la suite d’une consultation auprès de la communauté menée par le biais de présentations lors de conférences, d’une évaluation anonyme par les pairs, d’un sondage ouvert et de diverses discussions, j’ai révisé la version actuelle et mise à jour de cette analyse du paysage entre août et octobre 2025 et l’ai publiée en novembre 2025. Cette analyse du paysage passe en revue 13 organisations clés de l’IRN liées aux sciences humaines et sociales (notamment le RCDR, Érudit et d’autres acteurs qui se sont regroupés au sein d’un groupe d’IRN en SHS), ainsi que 33 autres initiatives connexes.
Tout d’abord, qu’est-ce qu’une infrastructure de recherche numérique ?
On peut définir l’infrastructure de recherche numérique comme l’ensemble des outils, des technologies, du matériel, des logiciels et (plus important encore) des personnes qui facilitent la recherche numérique.
Pour répondre à la première question de cet article, l’infrastructure de recherche numérique (IRN) concerne la circulation des données en SHS. Prenons l’exemple de la première étape classique de la méthodologie en sciences humaines : l’analyse documentaire. Un chercheur, une chercheuse, un étudiant, ou une étudiante en sciences humaines consulte le catalogue en ligne de sa bibliothèque pour rassembler tous les articles de recherche publiés sur un sujet donné. Déjà, plusieurs composantes de l’infrastructure de recherche numérique sont à l’œuvre : à l’échelle de l’article, celui-ci dispose probablement d’un identifiant d’objet numérique et d’une licence ; il est stocké quelque part (p. ex., dans un dépôt ou sur le site Web d’un éditeur) ; ses métadonnées sont cataloguées dans la plateforme de recherche ; il peut s’appuyer sur des données stockées dans un vaste dépôt de données. Même en recherchant un seul article, un chercheur ou une chercheuse a déjà recours à plusieurs composantes de l’IRN : identifiants pérennes, licences, pratiques de préservation, dépôts, normes de métadonnées, etc. Le chercheur ou la chercheuse n’a bien sûr probablement pas réfléchi à ces systèmes interdépendants ni à qui en assure la coordination ; il ou elle se contente de trouver un article – un parmi des dizaines ou des centaines susceptibles de figurer dans son analyse documentaire, avant même de commencer à rédiger puis à publier ses propres résultats. Cette fluidité est l’une des raisons pour lesquelles les gens considèrent l’IRN comme étant à la fois invisible et essentielle. L’IRN est discrètement présente tout au long du cycle de vie de la recherche : depuis la conception d’une idée jusqu’à sa publication finale et sa préservation en tant que résultat de recherche.
Quelles ont été les conclusions ?
L’analyse montre que le paysage de l’IRN en SHS est largement couvert, avec des regroupements d’organisations et d’activités autour de domaines particuliers (p. ex., le libre accès, les bibliothèques, l’édition, les dépôts, la gestion des données de recherche et la préservation).
Figure 1. Mots clés couramment utilisés dans les domaines de la recherche, des bibliothèques et de la communication savante liés aux organisations de l’IRN en SHS.
Les principales organisations de l’IRN en SHS sont également responsables de plusieurs des initiatives étudiées dans le cadre de l’analyse ou y ont joué un rôle.
Figure 2: Principales organisations d’IRN (sur l’axe des y) et leurs initiatives connexes (sur l’axe des x). Point rouge = initiatives actuellement menées par les organisations; point orange = initiatives auxquelles les organisations participent (sans les diriger); point jaune = initiatives précédemment dirigées par les organisations, désormais conduites par une autre organisation; point vert = initiatives précédemment dirigées par les organisations, auxquelles elles participent toujours de manière significative.
L’analyse a aussi mis en évidence certains défis : de nombreuses personnes citent la durabilité comme étant un enjeu central, en mettant l’accent sur les concours de financement, l’attribution des ressources, la formation, le personnel hautement qualifié et la mobilisation des chercheurs et chercheuses.
Réflexions finales
L’IRN en SHS au Canada permet la conduite de recherches essentielles à l’échelle nationale et garantit que ces recherches ainsi que leurs publications seront consultables et accessibles pour les futures générations de créateurs et créatrices de connaissances. La recherche en SHS au Canada serait compromise sans la normalisation et le soutien de l’IRN ; dans un environnement de connaissances dominé par le numérique, les recherches et les données qui ne sont pas découvrables (ou optimisées pour l’apprentissage automatique) ne sont pas consultées, et encore moins réutilisées.
Une IRN en SHS solide ne profite toutefois pas uniquement à la communauté des chercheurs et chercheuses en sciences humaines et sociales. En garantissant un accès généralisé et permanent à ce type de travaux, on veille à ce que tous ceux et celles qui s’intéressent aux données et publications en sciences humaines et sociales, qui les utilisent ou qui en tirent profit, puissent s’appuyer sur ce capital de connaissances commun et y avoir recours, qu’ils soient ou non des chercheurs et chercheuses universitaires.
Référence
Arbuckle, Alyssa. 2025. L’infrastructure de recherche numérique en sciences humaines et sociales au Canada : une analyse actualisée du paysage (2025). https://doi.org/10.82389/pftc-8689.

Alyssa Arbuckle https://orcid.org/0000-0002-7286-3054
Alyssa est détentrice d'un PhD interdisciplinaire de l'Université de Victoria, spécialisé dans la recherche sociale ouverte. Elle travaille dans le domaine de la recherche numérique ouverte depuis 2013.