Au cœur des archives : la numérisation de six millions de documents des externats

Article invité par :
Brianne Boucher, Archiviste en chef, Projet sur les externats, Bibliothèque et Archives Canada
Beth Greenhorn, Gestionnaire, Projet sur les externats, Bibliothèque et Archives Canada
https://doi.org/10.82389/f8ak-gp75
Comprendre les documents d’archives de Bibliothèque et Archives Canada sur le système fédéral des externats autochtones
Le gouvernement fédéral a financé et exploité un réseau d’externats autochtones à l’échelle du Canada. Situées dans chaque province et territoire, sauf à Terre-Neuve-et-Labrador, ces écoles faisaient partie d’un vaste système d’éducation colonial conçu pour assimiler les enfants des Premières Nations, des communautés inuites et de la Nation Métisse dans la société euro-canadienne. Quelque 200 000 enfants autochtones ont fréquenté ces écoles de jour, dont plusieurs ont été ouvertes de la fin du XIXe siècle jusque dans les années 1990.
Contrairement aux pensionnats autochtones, les externats accueillaient des enfants qui rentraient généralement chez eux après l’école. Toutefois, cette distinction ne les protégeait aucunement contre le mal. Les élèves des externats ont été soumis à des formes semblables d’assimilation culturelle, de racisme systémique, de négligence et, dans bien des cas, de violence physique, émotionnelle et sexuelle. Le poids de ces expériences continue de nos jours de se faire sentir sur les personnes, les familles et les communautés. Pour les personnes survivantes, leur famille et le milieu de la recherche, les documents d’archives sur les externats sont indispensables pour mettre en lumière ces histoires et leurs séquelles permanentes.
Bibliothèque et Archives Canada (BAC) conserve des milliers de documents sur l’administration et l’exploitation du réseau fédéral d’externats autochtones. Créés principalement par l’ancien ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien et ses prédécesseurs, ces documents couvrent plus d’un siècle et comprennent des dossiers textuels, des photographies, des plans architecturaux, des cartes et autres formats. Produits à des fins administratives, ces documents reflètent une vision du monde bureaucratique et coloniale, façonnée par les catégories, la terminologie et les perspectives gouvernementales qui souvent masquent ou dépersonnalisent les expériences vécues qui se cachent derrière ce matériel. Traditionnellement, il était difficile de s’y retrouver dans ces documents, surtout pour les personnes à la recherche d’information sur des écoles, des communautés ou des personnes en particulier.
Projet sur les externats : améliorer la découvrabilité
Le Projet sur les externats (PSE) s’est déroulé de 2022 à février 2026. Il visait à numériser et à décrire près de six millions de pages d’archives sur le système fédéral des externats indiens et sur son héritage et à en accroître la découvrabilité.
Avant le début du projet, la majorité des documents portant sur les externats étaient interrogeables au niveau de l’acquisition où se trouvait seulement une brève description du contenu. Les instruments de recherche devaient être consultés s’ils n’avaient pas déjà été importés dans la base de données publique, ce qui fait que tout n’était pas interrogeable par mot-clé.
L’équipe du PSE s’est chargée de créer des descriptions améliorées au niveau du dossier pour des dizaines de milliers de fichiers. Ces descriptions ont été conçues pour aider les personnes survivantes et le milieu de la recherche à bien comprendre le contenu de chaque fichier avant d’en demander l’accès. Elles comprennent le genre de documents dans un fichier, les communautés autochtones et l’emplacement des externats mentionnés, le nom des externats et des institutions connexes, et la présence éventuelle de noms d’élèves et de membres du personnel. L’équipe a aussi indiqué et décrit les médias spécialisés, y compris les photographies, les cartes et les plans architecturaux. Cette information est maintenant pleinement interrogeable par mot-clé et par format.
En plus de créer des descriptions améliorées au niveau du dossier, l’équipe a importé les instruments de recherche qui n’étaient pas auparavant interrogeables par mot-clé. Cela a mené à l’ajout de 300 000 entrées supplémentaires au niveau des dossiers. Pour faciliter davantage la consultation, l’équipe a corrigé et mis à jour les instruments de recherche dans la base de données de BAC. Elle a ainsi dû vérifier les informations sur les dossiers, notamment les titres et les dates. Ces mises à jour donnent un portrait plus clair et plus précis des dossiers sur les externats.
Consultation de documents visés par des restrictions
Bien que certains documents sur les externats soient accessibles au public (code 90) et consultables dans la base de données en ligne de BAC, la majorité d’entre eux sont visés par des restrictions en vertu de la Loi sur l’accès à l’information et de la Loi sur la protection des renseignements personnels (code 32). Cela s’explique par le fait qu’ils contiennent des renseignements personnels. Il est possible d’en demander l’accès en déposant une demande d’accès à l’information et de protection des renseignements personnels (AIPRP) par l’entremise du site Web de BAC.
Ces descriptions améliorées permettent à toute personne de mieux évaluer la pertinence d’un dossier avant de présenter une demande d’accès à l’information, ce qui lui fait gagner du temps et leur permet de mieux cibler ses demandes.
Outils de recherche
Conscient que des descriptions détaillées facilitent la découvrabilité et l’accès, le PSE a mis au point des outils de recherche destinés à aider sa clientèle. Ils comprennent l’Aperçu et le Guide de recherche du PSE qui sont affichés sur le site Web de BAC et qui fournissent le contexte historique des documents, la façon dont ils ont été créés, comment les rechercher et comment soumettre une demande d’AIPRP.
De plus, l’équipe a rédigé le livret numérique Les traces d’un système colonial : documents sur les externats à Bibliothèque et Archives Canada, qui replace les documents d’archives dans le contexte historique général de la politique fédérale en matière d’éducation autochtone. Ensemble, ces outils aident les personnes survivantes, leurs familles et les chercheurs à s’y retrouver dans des archives complexes.
Pour l’avenir
Bien que le PSE ait officiellement pris fin en février 2026, sa portée dépasse largement la durée de vie de l’initiative. En enrichissant les descriptions au niveau des dossiers, en améliorant les instruments de recherche et en développant des outils de recherche, le projet a facilité la découvrabilité des archives sur les externats. Le PSE a ainsi contribué à une description archivistique plus transparente et répondant mieux aux besoins de la communauté de recherche.
Note de la rédaction: En savoir plus sur le Projet sur les externats à la Conférence du RCDR 2026 du 12 au 14 mai! Consultez le programme et inscrivez-vous dès aujourd'hui.
Brianne Boucher
Brianne Boucher est archiviste en chef du Projet sur les externats à Bibliothèque et Archives Canada (BAC), où elle travaille à améliorer la découvrabilité des documents d’archives pour les personnes survivantes du système fédéral d’externats autochtones. Elle a amorcé sa carrière dans le domaine des archives à BAC en 2014, en participant au projet de transfert de documents pour la Commission de vérité et réconciliation du Canada. Depuis, elle travaille au sein de l’équipe de soutien à la recherche de BAC, où elle contribue à l’expansion des Services de référence autochtones et collabore directement avec les usagers et usagères et avec les communautés autochtones pour les aider dans leurs recherches et la découverte de documents.

Beth Greenhorn (https://orcid.org/0009-0001-5780-6967)
Beth Greenhorn est gestionnaire du Projet sur les externats à Bibliothèque et Archives Canada (BAC), où elle travaille à améliorer l’accès aux documents d’archives pour les personnes survivantes du système fédéral d’externats autochtones. Forte de plus de 25 ans d’expérience dans les domaines des archives, des musées et de l’histoire publique, elle a été à la barre d’initiatives reconnues à l’échelle nationale, au carrefour des récits autochtones, des pratiques archivistiques et de la mobilisation communautaire. De 2003 à 2017, elle a dirigé l’initiative primée Un visage, un nom, qui a été menée en partenariat avec des communautés autochtones afin d’identifier les personnes figurant sur des photographies d’archives. Elle a codirigé l’ouvrage Atiqput : Inuit Oral History and Project Naming (McGill-Queen’s, 2022), lauréat du prix Clio de 2023.