Des bobines à la lecture en ligne : la numérisation des microfilms au RCDR

Par : Francesca Brzezicki, Agente de mobilisation patrimoniale
https://doi.org/10.82389/dtc8-m244
Au cœur de nombreuses collections patrimoniales numériques se trouve un héros méconnu qui mérite qu’on lui rende hommage. Le nom de ce héros ? Le microfilm !Si vous avez déjà consulté un ancien journal sur Canadiana ou une collection d’archives sur Héritage, vous avez utilisé des microfilms numérisés. Mais au fait, qu’est-ce qu’un microfilm ? Et comment passe-t-il d’une boîte sur l’étagère d’une bibliothèque à un fichier numérique que l’on peut consulter en ligne ?
Microfilms 101
À moins d’avoir passé du temps dans votre bibliothèque ou vos archives locales, il est fort probable que vous n’ayez jamais eu l’occasion de voir un microfilm.
Le microfilm est un type de microforme : il s’agit essentiellement d’une minuscule photographie d’un document que l’on peut projeter en une image agrandie. Le microfilm se présente sous la forme d’une longue bande de ces photographies développées sur une feuille de film transparent, semblable à une bobine de film miniature. En projetant ces images à l’aide d’un lecteur de microfilm, il est possible de lire un ensemble de documents avec une grande précision, tout en préservant les originaux fragiles (à condition que les documents originaux et les images microfilmées soient de grande qualité).
Si les origines du microfilm remontent aux débuts de la photographie, ce n’est qu’au 20e siècle que ce procédé s’est popularisé pour la duplication et la préservation de documents, en particulier les collections de journaux. Aujourd’hui, les collections de microfilms ont toujours une grande valeur, car elles peuvent durer des centaines d’années, ne prennent pas beaucoup de place et constituent parfois les seuls exemplaires dont nous disposons de certains documents. Cependant, il est aujourd’hui plus courant de consulter des versions numérisées de microfilms en ligne que d’utiliser un lecteur de microfilms installé dans l’arrière-salle d’une bibliothèque.
Début du processus de numérisation au RCDR
Le RCDR a numérisé des centaines de bobines de microfilms pour la collection de Canadiana, dont certains de nos titres les plus populaires, tels que le Toronto World, le London Morning Advertiser et le London Evening Advertiser, ainsi que le Dawn of Tomorrow. Mais comment ce processus est-il mis en œuvre ?
Tout d’abord, l’une de nos bibliothèques membres ou l’un de nos clients fait parvenir un ensemble de bobines de microfilms à notre studio de numérisation, situé à Ottawa. Lorsque le moment est venu de commencer la numérisation, l’un de nos opérateurs ou opératrices de la numérisation de documents charge une bobine dans un numériseur de microfilms et fait passer la bande de film sur la plaque de verre du numériseur, jusqu’à ce que les images soient visibles. Il existe deux formats courants de microfilms, 16 mm et 35 mm, et nos numériseurs peuvent traiter les deux.
Le numériseur est connecté à un ordinateur équipé d’un programme permettant de régler l’exposition avant le début de la numérisation. Les microfilms trop sombres peuvent être éclaircis en augmentant la luminosité de la lampe du numériseur, mais il faut être prudent si l’on numérise des négatifs ! Augmenter la luminosité d’un microfilm négatif ne fait que l’assombrir davantage.
Une fois que tout est prêt, nos opérateurs ou opératrices appuient sur le bouton « numériser » et la numérisation démarre automatiquement. La numérisation d’une bobine complète de microfilm prend entre dix et quinze minutes : ce qui est plutôt rapide pour des centaines, voire des milliers d’images !
Vérification et édition des images
Lorsque le numériseur saisit les images, un fichier appelé « fichier ruban » est créé. Le fichier ruban est un fichier unique de très grande taille contenant toutes les images de la bobine de microfilm empilées les unes à la suite des autres. Il faut ensuite les séparer en images individuelles à l’aide d’un logiciel d'audit.
otre équipe de numérisation utilise un logiciel qui détecte automatiquement chacune des images. Toutefois, des ajustements sont parfois nécessaires, en particulier si un document a été microfilmé sous forme de double page : il faut alors séparer chacune des pages d’une même image. C’est pourquoi la séparation des images peut prendre entre cinq minutes et plusieurs heures. C’est également à ce stade que sont effectuées certaines modifications, comme la rotation des images et l’ajustement des bordures.
Ensuite, les images sont modifiées en masse dans LIMB, un programme conçu pour éditer des projets de numérisation de grande envergure. Les logiciels de retouche photo classiques ne sont tout simplement pas en mesure de traiter le grand nombre d’images que contiennent les projets de numérisation de microfilms, qui peuvent en compter des dizaines de milliers.
Lors de l’édition, nos opérateurs et opératrices de la numérisation de documents veillent à ce que la luminosité et le contraste soient suffisamment élevés pour que notre logiciel de reconnaissance optique de caractères (ROC) puisse détecter les mots et les lettres dans les images afin de permettre la recherche en texte intégral. Cela améliore également la lisibilité pour les lecteurs humains.
Étapes finales et contrôle de la qualité
À partir de là, les images numérisées sont exportées vers un serveur dédié. Nos opérateurs et opératrices de la numérisation de documents passent une dernière fois les images en revue afin de vérifier qu’il n’y a pas de problèmes ou de fichiers manquants qui auraient pu être négligés.
Une fois que les images ont reçu l’approbation finale, elles sont transmises au personnel technique et chargé des métadonnées du RCDR pour la création des métadonnées, le traitement par reconnaissance optique de caractères (ROC) et le transfert vers la plateforme d’accès Canadiana et le dépôt numérique fiable (DNF) Canadiana. Mais cela fera l’objet d’un autre article de L’échange du savoir !
Pourquoi nous aimons numériser des microfilms
Les projets de numérisation de microfilms peuvent parfois s’avérer complexes en raison de leur taille et de la qualité variable des images. Mais la quantité d’informations qu’ils renferment est sans égale, et il faudrait beaucoup plus de temps pour numériser le même nombre d’éléments à partir de documents papier.
« D’un point de vue technique, c’est passionnant de pouvoir travailler sur un projet d’une telle envergure, avec des dizaines de milliers d’images. C’est un défi très gratifiant », explique Avalon Arsenault, l’une des opératrices de la numérisation de documents du RCDR, qui a numérisé plusieurs de nos récents projets de microfilms. « Et puis, j’ai la chance de parcourir les documents, de voir les vieilles photos et de repérer les titres intéressants. L’espace d’un instant, j’ai presque l’impression de vivre dans une autre époque. »
Les microfilms ne sont peut-être plus très à la mode aujourd’hui, mais ce qui est enregistré sur ces bobines de film constitue une mine de données, d’histoires et d’informations sur le passé. C’est pourquoi ils continuent d’occuper une place essentielle dans les collections Canadiana et Héritage.
💻 Communiquer avec le RCDR
Vous connaissez une collection de microfilms qui serait parfaite pour Canadiana ? Faites-le-nous savoir en contactant directement notre équipe de numérisation à digitization@crkn.ca.
Vous avez déjà utilisé les collections de microfilms numérisés sur Canadiana ou Héritage dans le cadre de vos recherches ? Nous aimons beaucoup recevoir des commentaires de notre communauté d’utilisateurs. Envoyez-nous vos récits de recherche, vos questions et vos commentaires à info@crkn.ca.
Pour aller plus loin
European Space Agency Archives, « A brief history of preservation: microfiche and microfilm », consulté le 16 février 2026, https://historicalarchives.esa.int/brief-history-preservation-microfiche-and-microfilm.
Northeast Document Conservation Center, « 6.1 Microfilm and Microfiche », consulté le 16 février 2026, https://www.nedcc.org/free-resources/preservation-leaflets/6.-reformatting/6.1-microfilm-and-microfiche.
Rachel Sudbeck, « Accessibility Issues in the Case of Microfilm (And Why You Should Still Give it a Chance) », University of Illinois Urbana-Champaign: History, Philosophy, and Newspaper Library, 15 janvier 2025, https://www.library.illinois.edu/hpnl/blog/accessibility-issues-in-the-case-of-microfilm-and-why-you-should-still-give-it-a-chance/.
Tad Bennicoff, « Microfilm Reels in the 21st Century », Smithsonian Institution Archives Blog, 20 juin 2019, https://siarchives.si.edu/blog/microfilm-reels-21st-century.

Francesca Brzezicki https://orcid.org/0009-0005-0744-715X
Francesca Brzezicki est l’agente de mobilisation patrimoniale au RCDR. Elle s’est jointe au RCDR en 2019 après qu’elle a obtenu une maîtrise en histoire publique de Carleton University. Vous pouvez la contacter à fbrzezicki@crkn.ca.