Rebâtir les structures : Améliorer la découverte dans la collection Science Dimension de Canadiana

Par: Megan Belisle, assistante dans l’équipe de la plateforme du patrimoine numérique
https://doi.org/10.82389/rs7h-n541
Quand assurer l’accès ne suffit pas
La numérisation est souvent présentée comme la solution pour assurer l’accès à des collections. Une fois le matériel en ligne, la communauté de recherche, la population étudiante et le grand public peuvent y accéder. Or, mon travail avec le fonds Science Dimension (1969-1984) de Canadiana m’a fait comprendre une chose : ce n’est pas parce qu’une collection est en ligne que l’accès à son contenu sera efficace.
Pour mes études supérieures en bibliothéconomie et en sciences de l’information à l’Université de Toronto, je fais un stage, depuis janvier, comme assistante dans l’équipe de la plateforme de numérisation du patrimoine du Réseau canadien de documentation pour la recherche (RCDR). Je travaille à fluidifier la navigation dans les numéros de la collection Science Dimension et à améliorer la façon d’accéder à des articles en particulier. Bien que la fonction de recherche plein texte de Canadiana arrive à produire des résultats pertinents, il n’était pas toujours intuitif de passer au contexte élargi d’un sujet à partir d’un résultat de recherche et de trouver des articles connexes. Pour une publication traitant de sujets aussi variés que la photogrammétrie, le pergélisol, les appareils d’accessibilité et la conception d’immeubles, ce manque de structure interne compliquait l’exploration soutenue du contenu.
Cela soulevait une question importante : qu’est-ce qui fait qu’une collection numérique est non seulement accessible, mais aussi exploitable?
Rôle de la structure dans la découverte
Pour les périodiques numérisés comme Science Dimension, la structure joue un rôle crucial dans la façon dont les usagers et usagères interagissent avec le contenu. Les tables des matières, l’organisation des articles et les hiérarchies internes n’ont pas qu’une simple fonction descriptive; elles façonnent la découverte des contenus, leur interprétation et leur réutilisation.
Lancer une recherche est un puissant point de départ, mais ce n’est qu’une partie du processus de découverte. Sans une structure interne claire, il faut souvent parcourir les pages une à une ou se fier à des métadonnées limitées pour trouver du contenu pertinent, ce qui crée des difficultés et masque l’organisation conceptuelle présente dans le format papier d’origine.
Il n’est pas toujours simple de remettre cette structure en place dans un univers numérique, mais il est nécessaire de le faire pour favoriser les découvertes utiles.
Reconstruire la structure avec le IIIF
Dans le cadre des initiatives de numérisation du patrimoine du RCDR, mes efforts ont porté sur l’amélioration de la structure du fonds Science Dimension à partir de l’International Image Interoperability Framework (IIIF, à prononcer « trois-I-F »). Pour les 94 numéros publiés dans 16 volumes, j’ai travaillé avec les manifestes du IIIF pour rebâtir les tables des matières au niveau des articles en créant des sections (ranges) qui reflètent la structure de chaque numéro.
Le travail avec l’application Manifest Editor de Digirati a été intéressant, mais parfois difficile. À mesure que l’outil continue d’évoluer, j’ai participé aux tests d’utilisabilité en me penchant sur les flux de travaux et en fournissant mes impressions. Au départ, il a fallu des efforts pour apprendre à structurer les sections, et j’ai essayé différentes façons de faire avant de déterminer celle qui était la plus efficace.
La gestion des sections une fois qu’elles sont créées est l’un des aspects les plus complexes des flux de travaux. Si une image ne se trouvait pas dans le bon ordre et devait être déplacée vers une section antérieure, il n’était pas toujours possible de simplement la repositionner. Dans certains cas, il fallait regrouper et rebâtir des sections, ce qui fait ressortir l’importance de faire un examen minutieux dès les premières étapes de processus. J’ai peu à peu fini par maîtriser le flux de travaux et par trouver enrichissant de me plonger à la fois dans l’outil et dans le contenu.
Chaque article était représenté comme une section distincte au sein de la hiérarchie du manifeste, ce qui rétablissait la logique de consultation qui aurait guidé la lecture de la version imprimée du périodique tout en permettant une interaction plus fine avec le contenu numérisé. L’interface Theseus Viewer a servi à valider ces mises à jour pour vérifier qu’elles fonctionnaient comme prévu.
Le travail que j’ai effectué sur l’ensemble de la collection a mis en évidence l’évolution des choix éditoriaux et structurels au fil du temps. J’ai remarqué que Science Dimension était au départ un périodique largement bilingue avant que l’anglais ne prédomine sur le français. Il a fallu y réfléchir attentivement avant de trouver une structure de sections cohérente pour cette publication dans les deux langues. Dans certains cas, il n’était pas possible d’assurer une cohérence absolue, et il a fallu faire des choix pour arriver à un juste équilibre entre la normalisation et la représentation fidèle de chaque numéro, comme inclure les titres en français et en anglais dans une seule section.
Ce travail s’inscrivait dans un vaste effort collaboratif mené par le RCDR pour renforcer les collections de Canadiana. J’ai travaillé aux côtés de collègues, dont Olivia Georgiou, qui cherchaient la présence de femmes dans les STIM qui figure dans la collection Science Dimension. Bien je me concentrais plutôt sur la mise en place d’une structure et d’une navigation à partir des métadonnées compilées par Olivia, nos travaux contribuent à un vaste écosystème de découverte et d’interprétation.
Ce processus était itératif et nécessitait une grande minutie; il fallait porter une attention particulière tant au contenu source qu’à la structure à encoder. Bien que le travail technique se déroulait dans les manifestes, il avait toujours pour objectif de rester centré sur les usagers et usagères pour rendre la navigation et l’interaction plus intuitives. Ce travail facilite aussi l’interopérabilité parce qu’il permet la réutilisation de contenus structurés sur l’ensemble des outils et plateformes compatibles avec le IIIF.
Quels changements s’opèrent quand la structure est rétablie?
Le rétablissement d’une structure au sein d’un article a une grande incidence sur la façon dont une collection peut être utilisée.
Les usagers et usagères peuvent maintenant :
- naviguer directement vers un article en particulier d’un numéro d’une publication,
- passer plus facilement d’une section à l’autre
- situer chaque résultat de recherche dans le contexte général d’un numéro
- fureter dans la collection d’une manière qui en reflète l’organisation originale.
Une structure rend la navigation et les flux de recherche plus ciblés. Au lieu que chaque numéro soit traité comme un seul objet, la collection devient une série de parties interconnectées qu’il est possible d’explorer, de citer et d’analyser en détail.
Gestion, découverte et collections numériques
Ce travail met en lumière un aspect plus général des collections numériques : s’occuper d’une collection ne se limite pas à la numériser. Il faut continuellement l’entretenir et l’enrichir pour garantir qu’elle reste exploitable, accessible et pertinente au fil du temps.
Les métadonnées et la structure sont au cœur de ce processus. Elles déterminent la manière dont les collections sont comprises et consultées, et jouent un rôle essentiel pour garantir l’interopérabilité entre les systèmes et les plateformes. Des cadres tels que le IIIF y contribuent en permettant de structurer les collections de manière à ce qu’elles puissent être partagées, réutilisées et intégrées dans différents environnements de recherche.
Comme d’autres l’ont déjà noté, la valeur de chaque collection numérisée est étroitement liée à la facilité avec laquelle il est possible de la consulter et de l’utiliser, et non pas simplement à sa disponibilité en ligne. L’amélioration de la structure des collections contribue à rehausser leur potentiel, ce qui leur permet ainsi de servir de ressources de recherche dynamiques.
Pour l’avenir
Le travail sur la collection Science Dimension a mis en évidence l’importance d’adopter une réflexion critique sur la structuration et la gestion des collections numériques. À mesure que de nouveaux documents sont numérisés, l’attention portée à l’organisation, à la navigation et à l’interopérabilité continuera d’influencer l’utilisation qui sera faite de ces collections.
Pour les personnes qui travaillent dans le domaine des bibliothèques et du patrimoine culturel numériques, cela soulève une question récurrente : comment pouvons-nous garantir que les collections dont nous avons la charge soient non seulement accessibles, mais aussi réellement exploitables?
Megan Belisle (https://orcid.org/0009-0001-2108-0914)
Megan Belisle est candidate à la maîtrise en sciences de l’information à l’Université de Toronto. Elle est assistante dans l’équipe de la plateforme du patrimoine numérique du Réseau canadien de documentation pour la recherche (RCDR), où elle travaille avec les collections de Canadiana pour en améliorer l’accès et la découverte grâce au protocole IIIF et aux métadonnées structurées.